qui es-tu (suite)
Le jeudi, bien que je l’attende, n’était pas une récréation, car au lieu de retrouver les copains, il fallait d’abord aller chercher des « askoll » (pissenlits) pour les lapins. Cela me prenait un temps fou, il faut dire que papa élevait trente-deux lapins, et ça mange ces bestioles là. Il y avait bien des fois où je me défilais, mais c’était à mes dépens, car lorsque papa rentrait de son travail j’avais le droit à l’engueulade et tout penaud je repartais avec mon sac et mon couteau. L’hiver c’était plus facile, j’allais directement vers un magasin où les agriculteurs venaient déposer leurs choux-fleurs qui devaient être conditionnés. Le trognon et le haut des feuilles étant coupés je n’avais que mon sac à remplir et comme ce n’était pas loin de la maison je pouvais rapidement faire plusieurs tours.
Mai était aussi un mois très attendu, c’était le mois des processions du mois de Marie ; la vierge voyageait de maison en maison chaque soir. Il y avait une procession et en chantant des cantiques on accompagnait la statue dans un autre foyer. Les receveurs rivalisaient pour créer le plus bel autel fleuri et nous les enfants, nous attendions avec impatience la fin des prières pour s’évader et courir après les hannetons et les chauves-souris. Il me reste une certaine nostalgie de ces soirs de printemps où l’on s’amusait sans arrières pensées.